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Histoire d’une grande épopée marocaine

Tout commence début 2014. Un laboratoire américain annonce la mise sur le marché d’un médicament révolutionnaire à base de Sofosbuvir qui permet la guérison virologique de plus de 90% des malades atteints d’hépatite C après une cure de 12 à 16 semaines.

La nouvelle solution pharmaceutique fait partie d’une nouvelle génération d’antiviraux qui est d’abord commercialisée au niveau de certains pays occidentaux (Europe et Amérique essentiellement). Mais déjà, la polémique enfle.

Le nouveau médicament est le plus cher de l’histoire de l’industrie pharmaceutique mondiale. Selon les pays, le prix de la cure de 12 semaines varie entre 450 000 et 800 000 Dirhams.Plusieurs associations se mobilisent pour dénoncer cet état de fait.

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Le 14 septembre 2014, le laboratoire américain producteur du Sofosbuvir signe des accords de licence exclusive, avec des fabricants de génériques basés en Inde, pour étendre l’accès à son médicament contre l’hépatite C dans 91 pays en développement, mais en excluant 100 autres pays (dont le Maroc) qui représentent 73 millions de personnes – soit plus de la moitié des malades dans le monde.

Aussitôt, le ministère de la Santé dénonce cette situation d’exclusion et introduit auprès du laboratoire américain une demande d’intégrer le Maroc parmi les pays bénéficiaires du générique du Sobosbuvir.

Devant l’absence de réponse du laboratoire américain, le Ministère explore toutes les possibilités pour rendre la version générique du Sofosbuvir disponible au Maroc, notamment le recours à sa fabrication locale.

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Deux conditions sont réunies pour atteindre cet objectif ambitieux inédit : Le laboratoire américain a omis de déposer un brevet dans les délais réglementaires, pour la protection de sa molécule au Maroc. Et PHARMA 5 dispose du savoir-faire pour relever le défi de développer ce générique.

« Le président a essayé de se procurer ce médicament pour la prise en charge d’un membre de la famille, gravement atteint d’hépatite C. Mais il n’a pas réussi. Visiblement, le Maroc n’intéressait pas beaucoup le laboratoire détenteur du princeps. Cette mésaventure personnelle n’a fait que nous décider davantage à assumer notre responsabilité de laboratoire pharmaceutique marocain leader et de percer, nous-mêmes, le secret de fabrication du médicament anti-hépatite C », explique Mme Meriem Lahlou-Filali, Directrice générale des laboratoires PHARMA 5.

Le 16 avril 2015, le ministère de la Santé octroie un accord de principe au laboratoire pharmaceutique PHARMA 5 pour la fabrication locale de la version générique du Sofosbuvir, après avis de la commission nationale d’autorisation de mise sur le marché des médicaments.

avec ssb 400Un long processus de recherche et de développement est alors entamé. PHARMA 5 se procure, par ses propres moyens, en déployant ses relais dans le monde, plusieurs boîtes du nouveau médicament à leurs prix locaux. Des analyses poussées sont effectuées en laboratoire dans le plus grand secret. « C’est un projet hautement confidentiel. Nous avons veillé à associer une équipe resserrée et à adopter des règles de confidentialité très strictes, même quand il s’agissait d’importer les matières premières nécessaires à nos travaux de recherche », explique Dr. Yasmine Lahlou-Filali, Pharmacienne Responsable des laboratoires PHARMA 5.

Après plusieurs mois, les résultats sont concluants. Le médicament générique marocain est identique point par point au princeps américain. Mieux : le prix de la solution pharmaceutique nationale est extrêmement accessible. Le SSB®400 devient une réalité. Le 5 novembre 2015, il reçoit son autorisation de mise sur le marché et, le 13 novembre 2015, son prix est fixé à 3 000 Dirhams la boîte par la commission des prix au ministère de la Santé. Un grand espoir pour les milliers de patients marocains et un grand pas pour l’industrie pharmaceutique nationale est ainsi franchi.